Biographie : L’histoire de Shinya Yukiharu débute un 21 avril dans un petit hôpital de campagne, quelque part le nord du Japon. Il était le dernier né de Tashiro Yukiharu et de son épouse, Élise. En partie à cause de l’âge avancé de Élise, Shinya naquit trois semaines avant terme. Aussi, le couple avait craint des complications et que le garçon ne survive pas. Cependant, ils furent rassurés lorsqu’ils virent que leur fils, bien que très petit et fragile, semblait plein de vigueur et en bonne santé. Cela ne put aussi que ravir Shôji, Shinji et Shana, les frères et sœurs du petit Shinya.
L’enfance de Shinya se déroula sans accros dans la maison de campagne des Yukiharu. Tashiro étant le directeur de l’unique hôpital du village, il ne le voyait pas souvent. Il en était souvent attristé et se jetait automatiquement dans les bras forts -mais tendres - de son père dès qu’il le voyait. De plus, il ne pouvait que très rarement quitter la demeure familiale. Sa fragilité ne l’avait pas quitté et il restait toujours plus petit et rachitique que les autres enfants de son âge. Ses parents avaient donc peur que leur plus jeune fils ne soit terrassé par une maladie ou par une blessure quelconque. Déjà qu’un simple rhume confinait leur petit garçon au lit pendant des jours et des jours… Un si petit rien rendait Shinya si malade qu’ils redoutaient plus que tout que des virus plus agressifs l’atteignent. Mais malgré tous ces désagréments, l’enfance de Shinya fut heureuse. Ses frères et sa sœur l’adoraient et n’avaient de cesse de le distraire. Grâce à eux, le fait qu’il soit obligé de rester confiné la plupart du temps dans la demeure familiale lui était totalement indifférent.
À l’âge de 12 ans, Shinya fit sa rentrée au collège. C’était la première fois qu’il allait à l’école et qu’il pouvait se mêler à tant de jeunes de son âge. Bien qu’il semblait toujours aussi frêle et fragile, il était devenu beaucoup moins rachitique. Les soins et l’amour constant que lui portait sa famille l’avaient renforcé. Shinya était heureux de pouvoir enfin côtoyer d’autres lieux et personnes que sa maisonnée – et aussi qu’il n’ait plus à supporter son vieux précepteur. Le garçon s’intégra bien vite dans sa nouvelle école – le fait qu’il soit si mignon et souriant l’aida sans aucun doute beaucoup. Il s’entendait bien avec tout le monde et était devenu le petit préféré des professeurs – il avait de si bonnes notes et était si serviable, c’était un modèle à suivre.
Malheureusement, sa rentrée au lycée, trois années plus tard, ne se déroula pas aussi bien. Shinya s’évanouit lors de la cérémonie de rentrée. Une mauvaise grippe circulait cette année-là et l’adolescent avait été rattrapé par sa faible constitution. Ses défenses l’avaient lâchement lâché. Pendant plus d’un mois, Shinya lutta pour survivre, ravagé par la fièvre. La Mort lui avait de nombreuses fois tendu les bras, lui promettant ainsi de le libérer de cette douleur qui le terrassait. Cependant, la Mort elle-même dut battre en retraite face à sa famille. Cette dernière n’avait pas cessé de l’encourager et de le soutenir. Et puis surtout, alors que la fièvre le faisait délirer, il les avait entendu pleurer. Le son de leurs larmes, tandis qu’il baissait les bras, le remplissait tellement de honte qu’il reprenait le combat de plus bel. Quand, enfin, il fut débarrassé de cette maladie, il était redevenu aussi rachitique que lors de son enfance. Si pas plus.
C’est à partir de cette époque que son apparence commença beaucoup à compter pour Shinya. Il refusa de retourner à l’école - bien qu’il fût rétabli - tant qu’il avait ce corps squelettique. C’était la première aussi que l’adolescent faisait un véritable caprice. Mais si cela surpris sa famille, ils s’inclinèrent sans broncher devant ce souhait inhabituel. De plus, ils étaient si heureux que leur petit ange soit sauvé, qu’ils étaient prêts à tout pour qu’il retrouve sa joie de vivre et son sourire. Car Shinya ne souriait plus. Il passait parfois des heures devant son miroir à se dévisager, à décortiquer de ses yeux dégoûtés chaque os saillant sous sa peau blême, chaque empreinte laissé par sa maladie. Il était comme un monstre à ses yeux. Il commença donc à demander des conseils à sœur. Il voulait savoir comment camoufler ses cernes, comment faire renaître l’éclat de son teint et bien plus encore. Si Shana trouva cela pour le moins étrange, elle se fit un plaisir d’initier son petit frère aux secrets des artifices féminins. Mais il ne s’arrêta pas là. Avec l’aide de ses frères, il s’entraîna de son mieux afin de retrouver une musculature « correcte ». Il était conscient qu’il ne pourrait jamais posséder la musculature idéale de ses aînés. Cependant, si après tous ses efforts physiques il resta très fin et fluet, ses muscles reprirent davantage de volume. Son ventre était redevenu plat, et non plus creux. Ses os ne saillaient plus sous sa peau, à peine pouvait-on deviner la forme de ses côtes ou de ses articulations. Sa peau n’était plus translucide et ne gardait plus aucun stigmate de sa maladie. Elle était restée pâle, mais elle avait acquis un éclat et une douceur révélant que son corps était à nouveau sain et en bonne santé. Shinya était aussi devenu assez extravagant dans sa façon de s’habiller. Il semblait révéler tout son sens artistique, héritage de sa mère Élise. Cette dernière lui appris d’ailleurs, à sa demande, à coudre et créer ses propres vêtements. En voyant son benjamin si doué de ses doigts, elle se mit à espérer qu’il deviendrait lui aussi styliste et qu’il marcherait sur ses pas…
Un an plus tard, à 16 ans, Shinya retourna au lycée. Grâce au nouveau précepteur engagé par ses parents, il n’avait rien perdu par rapport aux autres. Il était même trop en avance sur le programme de son année scolaire. Aussi, après quelques tests pour évaluer son niveau, il fut parachuté directement en troisième, en dernière année. C’est dans sa nouvelle classe qu’il rencontra de « l’élite ». Il put s’approcher de ce petit groupe d’élèves que tout le monde admirait. Ils étaient intelligents, classe, cool… et inaccessible pour le commun des mortels. Cependant, ils invitèrent Shinya dans leur petit groupe.
Après quelques temps, il découvrit l’autre visage de ses nouveaux compagnons. Ils fumaient, consommaient des substances douteuses, se saoulaient et étaient véritablement dévergondés. Mais ils évitèrent de mêler Shinya à toutes ces choses. Il était leur mascotte, leur chouchou, leur petit ange. Ils s’amusaient à le taquiner et à leur faire rougir (Shinya étant resté très pudique contrairement à eux). Ils avaient compris que si leur protégé était aussi – si pas plus – intelligent, beau, classe et cool qu’eux, il restait tout à fait « innocent ». Il avait une sainte horreur de tout ce qui pouvait être nuisible à la bonne santé de son corps ainsi que toutes les choses que sa morale réprouvait. Cela ne l’empêchait pas pour autant d’adorer ses amis et de les laisser faire ce qu’ils voulaient – du moment qu’il n’était pas impliqué.
Mais un nouveau malheur survint au début de sa dernière année de lycée. Quelques uns de ses amis commencèrent à payer le prix de leur abus de débauche et de consommation de certains produits illicites. C’est à cette époque que Shinya trouva sa vocation. Il serait médecin. C’était tout décidé. Il était né pour ça, c’était son Destin, il en était sûr. Et peu importe combien ça serait dur pour lui pour atteindre son nouveau objectif. C’est ainsi que l’année suivante le jeune Yukiharu commença ses études en médecine.
À 20 ans, un nouvel évènement perturba le flot tranquille de sa vie. Il se mit à entendre des voix. Enfin une voix. C’était toujours la même : une voix masculine sans âge. Cependant, la signification – la compréhension même – de ses paroles lui échappait sans cesse. Si cela ne lui arrivait, au début, que lorsqu’il dormait, il se mit à entendre aussi bientôt cette voix alors qu’il était éveillé. Et, lorsqu’il dormait, il pouvait parfois apercevoir une silhouette. D’abord elle était toujours floue. Mais plus le temps passait, plus il l’a voyait de plus en plus nettement. Il pouvait aussi de temps en temps apercevoir le décor qui entourait le propriétaire de cette mystérieuse voix dont il ne pouvait capter les mots. Shinya ne parlait à personne de cette voix et de ces visions. Il avait bien trop peur qu’on le prenne pour un fou ou un illuminé. Pas qu’il se soucia des autres – il était bien trop extravagant pour la plupart des gens du commun, mais cela aurait risqué d’entravé la bonne marche de ses études. Il était déjà étroitement surveillé par sa famille qui craignait que ces dures études ne soient nuisibles à sa santé fragile et lui imposait en conséquence un repos forcé au moindre signe de fatigue. Parler de cette voix et de ces visions aurait signifié la fin de ses études, qu’il le veuille ou non. Il était trop attaché à sa famille pour leur désobéir si elle décidait qu’il devait tout arrêter. C’était tout de même grâce à elle qu’il était resté en vie si longtemps, il n’allait pas oublier.
Et puis arriva le jour où des êtres surnaturels apparurent en se mettant à tout détruire sur leur passage. Ce jour là, Shinya était en vacance, avec ses parents, ses frères et sa sœur, dans la maison familiale. Les évènements se déroulèrent trop vite pour qu’il puisse se rendre compte de ce qu’il se passait. De ce jour fatidique avec ces démons, il se souvint juste des hurlements de son père, torturé, et de sa mère, violentée. Il ne les vit cependant pas rendre leur dernier souffle. Shôji et Shinji les avaient attrapés, Shana et lui, et avaient réussi à sortir de leur demeure et à s’enfuir. Ce ne fut que lorsqu’ils arrivèrent à trouver un abri – temporaire – dans une grotte environnante, que Shinya commença à assimiler ce qu’il s’était passé et se passait. Sa sœur pleurait. Il semblait que rien ne pouvait arrêter son hystérie. Quant à ses frères, s’ils ne pleuraient pas, Shinya savait qu’ils ne craquaient pas uniquement pour lui rassurer. Et quand il remarqua qu’ils tremblaient, les souvenirs de ce qui était arrivé à ses parents apparurent clairement dans sa tête. Alors, lui aussi se mit à pleurer dans les bras de ses frères.
Shinya ne se sut pas combien de jours ils restèrent dans leur refuge de fortune. Aucun d’entre eux n’osait le quitter. Shôji et Shinji s’occupaient de tout. Ils leur trouvaient de l’eau et de la nourriture, et ils montaient la garde, guettant l’arrivée de ces monstres qui avaient tout détruit. Cependant, même s’ils étaient passés maître dans la pratique des arts martiaux et de la survie, ils restaient des humains. Aussi, ils ne purent, malgré tous leurs efforts, voir venir ces mêmes démons qui avaient tué leurs parents. Ils eurent juste le temps de faire fuir leurs cadets… Et Shôji et Shinji se sacrifièrent à leur tour, résistant du mieux qu’ils le pouvaient face à ces monstres qui s’amusaient à leur dépend. Shana et Shinya étaient déjà loin lorsqu’ils entendirent le dernier cri déchirant de leurs frères qui mourraient.
Quelques jours plus tard, Shana et Shinya arrivèrent dans une ville. Ils ne connaissaient pas son nom, les panneaux indicateurs ayant été arrachés. Mais ils s’en moquaient bien de ce détail. Ils avaient déjà eu beaucoup de « chances » d’avoir échappé aux démons qui les poursuivaient. Malheureusement, la Bonne Fortune les abandonna une fois encore. Ils n’eurent pas le temps de trouver un nouvel abri qu’ils se firent de nouveau attaquer. Shana eut à peine le temps de pousser son petit frère dans une cavité qu’une lame arracha la tête de son corps. Shinya, toujours dans le trou, regarda la tête de sa sœur rouler jusqu’à ses pieds. Et puis il vit le corps décapité tomber lourdement sur le sol. Il poussa un hurlement en prenant la tête de son aînée dans ses bras. Puis, sans réfléchir, il sortit de la cavité et se mit à courir. Les démons ne cherchèrent pas à l’attraper. Ils se contentaient de le suivre en riant. Ils voulaient prendre leur temps. Ils voulaient un beau final. Et poursuivre ce jeune homme terrifié et pleurant, qui tenait désespérément la tête de sa sœur, était un magnifique hors-d’œuvre.
Ils n’avaient pas prévu qu’il restait encore des humains dans cette ville détruite. Encore moins que ceux-ci combattaient les monstres avec acharnement. Une fois encore, Shinya leur échappa. Mais ce dernier ne resta pas avec les survivants. Il se trouva un refuge dans une ruelle, recroquevillé entre des dizaines de débris en tout genre. Et là, fixant le visage sans vie de Shana, pleurant, il se rappela la voix qui l’avait hanté. Jusqu’à présent, il n’avait jamais tenté de lui répondre, ni même de lui parler. Alors, se concentrant sur la voix mystérieuse et la silhouette qu’il avait vue dans ses rêves, il se murmurer, telle une douloureuse litanie « Aidez-moi… S’il vous plait, aidez-moi… ».
Plus d’une journée s’étaient écoulées lorsqu’une ombre le recouvrit. Les yeux rouges et irrités d’avoir pleuré, il leva son visage vers l’être qui se trouvait devant lui. Et il le reconnu aussitôt. C’était lui, le propriétaire de la voix et de la silhouette. Comme hypnotisé, il se leva et laissa retomber la tête de Shana. Puis, il agrippa la main que l’inconnu lui tendait. Il savait qu’il était un des ces monstres qui détruisaient tout, mais étrangement il n’avait pas peur. C’était comme s’il avait été dans un rêve. Puis, il lui avait parlé. Il disait n’importe quoi, mais l’inconnu ne lui répondait pas. Il s’était juste contenter de le prendre dans ses bras, dans lesquels il s’était endormi, épuisé.
Quand Shinya se réveilla, il faisait nuit. Il se trouvait dans un lit confortable, il était propre et des plats remplis de mets divers se trouvaient près du lit. Et puis il y avait l’inconnu. Ce dernier lui parla alors. Le son de sa voix était le même que celle qu’il l’entendant. Le jeune homme n’eut pas peur non plus lorsque l’être lui révéla qui il était : un vampire et le chef de tous ces monstres qui ravageaient la Terre. Il y avait un lien invisible qui semblait les lier. Lyam Redown pouvait être le pire de tous les monstres, jamais il ne pourrait lui en vouloir ou avoir peur de lui. Dès cet instant, il sut qu’il n’était resté en vie que pour être près de lui et le servir. Ce n’était pas une punition ni une corvée. Il était tombé en adoration envers le vampire. Lui faire plaisir le rendait heureux.
Cependant, l’atmosphère de la Terre changeant, l’air nocif se mit à le tuer. Sa nature fragile accélérait le processus. Aussi, pour lui permettre de survivre et de rester auprès de lui, Lyam lui offrit l’immortalité. Il put ainsi résister et s’adapter à ce nouvel air qui envahissait le monde. Mais il était resté humain. Lyam n’avait pas voulu faire de lui un vampire. Mais n’était-ce pas mieux ainsi ? Shinya était heureux. Peu à peu, ses souvenir d’avant sa rencontre avec Lyam se perdirent dans un coin de sa mémoire. Il prenait soin de ne pas y toucher et de laisser cette partie de lui fermée à double tour. Mais aussi heureux qu’il pouvait être, Shinya avait dû mal à supporter de rester loin du vampire. Il comprenait que ce dernier ne pouvait être constamment près de lui, ne serait-ce qu’à cause de son statut, mais il en était malheureux. Peut-être Lyam s’en rendit-il compte. En tout cas, pour remédier en partie à ce problème, le vampire lui offrit un lanin, unique en son genre. Alors, Shinya put de nouveau sourire quand son maître n’était pas à ses côtés. Et la vie poursuivit ainsi son cours…
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"Je ne désire qu'être prisonnier de tes chaînes..."
